lundi 9 septembre 2013

Qu’est ce que le taiji quan ?

Le taiji quan (se prononce « tai-chi-chuan ») art martial chinois, est une pratique corporelle qui cherche à mobiliser de façon harmonieuse, le corps, le souffle et l’esprit au travers d’une gestuelle censée reproduire un combat entre un ou plusieurs adversaires imaginaires.
La caractéristique essentielle réside dans le fait que, par rapport aux autres arts de combat, le taiji quan se pratique essentiellement, pour la majorité des styles, sous le mode de la lenteur. Cette façon d’évoluer permet au souffle, au corps et à l’esprit de s’accorder de façon optimale, par la suite, selon l’orientation du pratiquant, la rapidité du geste peut devenir effective et être améliorée grâce à la mise au point réalisée par le travail de la lenteur.

L’avantage de la lenteur c’est qu’elle permet de décoder les messages du système nerveux dans la recherche de la posture et du geste juste et ainsi de prendre le temps de la compréhension, puis de mettre en place une nouvelle conscience en réajustant l’ensemble, ce que le geste habituel, automatique, ne peut réaliser.

Le taiji quan est donc un art de combat qui doit sa popularité aussi par le fait qu’il ne nécessite aucun apport matériel, n’exige aucune tenue spéciale, se pratiquant la plupart du temps à main nue, à l’air libre ou dans un espace abrité restreint. Traditionnellement il peut se compléter par le maniement de certaines armes (épée, sabre, bâton, lance, hallebarde, voir récemment avec l’éventail).

Le taiji quan est autant une discipline prophylactique du corps et de l’esprit qui offre plusieurs opportunités sur le mode ludique pour améliorer la mobilité, la mémoire, l’équilibre, en bref, une meilleure conscience de soi.
Ses fondements énergétiques renforcent la santé sur le plan préventif ou pour aider à son rétablissement pourvu que l’on respecte une hygiène de vie en parallèle de la pratique.

Mais aussi, il conserve en puissance une réponse possible en cas de conflit, ce qui était son objectif premier il y a un peu plus d’un siècle.

Comme toute discipline, il suffit de vouloir et de persévérer pour obtenir des résultats sur ces différents aspects.

Origines historiques du style Chen

Taiji quan, littéralement : « boxe du faîte suprême » est une appellation relativement récente par rapport à l’émergence de la pratique elle-même, tout au plus, cette pratique martiale à été identifiée sous cette appellation fin 19ième début 20ième siècle, certainement pour légitimer son ancrage aux sources de la tradition philosophique et médicale chinoise.

Si on exclut la légende qui aurait inspiré un moine taoïste après avoir observé un combat entre un serpent et une grue, les premières constations relevant de documents fiables feraient remonter l’origine de cette pratique à partir de la fin de la dynastie des Yuan jusqu’à la fin de la dynastie des Ming de 1368 à 1644 dans la province du Henan , à Wenxian sur les rives nord du Fleuve Jaune.
C’est avec l’immigration de Chen Bu ancêtre de la famille Chen, déjà détenteur d’une science martiale et plus tard de l’influence du général Qi Jiguang qu’une certaine forme de boxe aurait vue le jour, pour ce préciser de façon magistrale avec Chen wangting (1600 – 1680) dans le village de Chenjiagou.

Chen wangting aurait intégré tout les éléments se rapportant de la médecine traditionnelle chinoise associé à la philosophie de Lao-zi pour faire émerger les lois du Yin et du Yang dans l’art du combat à main nue et avec armes.

En bref, pour les pratiquants de wushu chinois, le taij quan représenterait la quintessence dans l’évolution des arts martiaux.

Le taiji quan « Chen » d’hier et d’aujourd’hui

Le taiji quan de la famille Chen ne s’appelait donc pas encore « taiji quan » avant le 19ième siècle, c’était simplement un art martial connu sous l’appellation de «  Tong bei chang quan », boxe de la famille Chen  ou boxe de Chenjiagou.

Le village de Chenjiagou avait donc une milice guerrière, celle-ci entretenait un art de combat pour protéger le village contre les brigands qui sévissaient à cette époque sous forme de pillage et de massacre, ou, fort de ses compétences, les guerriers de Chenjiagou pouvaient offrir leurs services pour convoyer, protéger les biens ou les personnes. Outre sa science du combat à main nue qui mettait en valeur l’avantage de l’alternance du souple et du dur, le clan de la famille Chen maitrisait les armes traditionnelles ; épée, sabre, lance, hallebarde, bâton, ceci afin d’augmenter l’efficacité dans les conflits.

Au fil du temps, avec l’avènement des armes à feu, puis de la république de 1911 suivit de celle de 1949 (République Populaire de Chine) la nécessité de maintenir une milice guerrière au village de Chenjiagou s’est effiloché pour être totalement abandonnée à notre époque.

C’est sous l’impulsion de Chen zhaopi (1893 – 1972) et de son disciple Wang Xi’an (notre maître de pratique actuel et cela depuis plus de 20 années).
C’est au cœur et en dépit de la révolution culturelle (1966 – 1972), que le taiji de la famille Chen subit une renaissance en s’ouvrant à tous, dans une large tolérance, pour cultiver le taiji que nous lui connaissons aujourd’hui.

Ainsi, dès cette époque au village de Chenjiagou le taiji quan de la famille Chen s’est ouvert à tout les publics, hommes, femmes, enfants quelques soit leurs origines, alors qu’auparavant, il n’était enseigné qu’aux membres de la famille Chen.

Pour le rendre attrayant et qu’il puisse jouir d’une plus grande popularité, des joutes et championnats ont été organisés au sein du village, entre quartiers, puis entre villages voisins pour ensuite se développer jusqu’en 1998 dans la ville voisine de Wenxian de 400.000 habitants. La popularité naissante de cette fête du taiji dû, par la suite, être transférée à Jiazuo, ville proche, de plusieurs millions d’habitants. Aujourd’hui cette manifestation attire des participants provenant de toutes les régions de la Chine et du monde.

Les fondamentaux

S’agissant de l’enseignement du maître Wang Xi’an prodigué dans notre pays, celui-ci a eu le souci de mettre en priorité l’aspect du « yangsheng » (nourrir le principe vital) au premier plan, il s’agit de renforcer la santé, l’énergie. Cependant il garde une certaine exigence à ce que l’aspect martial ne soit pas occulté de la pratique et que celui-ci reste placé sous « vigilance » malgré cette impression de relâchement et de déploiement visible au travers de la fluidité et de la souplesse des gestes.

Pour tenter d’approcher l’excellence dans cette pratique, la grande exigence de notre mentor reste depuis toujours celle de développer cette notion de « relâchement » de détente mentale et physique à son plus haut point. Le premier quidam n’a pas idée de la difficulté et du temps nécessaire pour s’approcher de ce challenge !

Grâce à une amélioration dans le domaine de la détente et de la maîtrise du souffle, les mouvements fluides peuvent et doivent être capables de changer de rythme avec des tempos variés et différents. Le pratiquant peut alors exprimer l’énergie explosive (les fajing) comme mettre en valeur la lenteur pour mieux développer l’énergie spiralée (chan si jing) avec ses propres variations de vitesses, ce qui en fait une pratique très vivante, mais très exigeante.

La philosophie

Le grand intérêt de cette pratique réside dans le fait que le chercheur sincère peut-être amené à approfondir la provenance, la source profonde de cet art, en étudiant les principes fondamentaux qui en sont la base ; la médecine traditionnelle chinoise et la philosophie du taoïsme pour ce qu’ils représentent d’essentiel comme ressort pour cette discipline.

La pensée chinoise s’est construite à partir du taoïsme du bouddhisme et du confucianisme, il semble évident que malgré l’intérêt de ces deux dernières philosophie citées, le concept du taoïsme englobe largement les deux autres, elle en est la « mère » de part son antériorité et de l’universalité de ses principes.
La puissance évocatrice du taoïsme met en valeur l’incroyable intuition de ces chercheurs philosophes des anciens temps ( près de - 2600 ans ) qui ont élucidés l’origine du monde en partant du postulat du vide (le wuji) et de l’émergence des principes yin et yang issus de ce vide. Aujourd’hui cette démarche de compréhension de l’origine du monde est confirmé par la science, elle parle en d’autres termes du « chao originel » (wuji, le vide originel pour les taoïstes) avant le « bing bang », énergie positive et négative de l’univers, attraction / répulsion…( le yin / yang des philosophes chinois)

Cette force d’observation a permise de comprendre le processus de transformation de toutes choses dans la nature et l’univers, dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit, l’homme n’échappant pas à cette loi. Ainsi, avec le temps, les philosophes et médecins de l’antiquité ont mis au point un système de référence calqué sur les cycles et les changements de la nature pour les appliquer à l’homme dans un but de le maintenir ou de le rétablir en bonne santé.

Mais ce n’est pas tout, l’homme est doué d’une intelligence particulière qui l’amène à s’interroger sur le but de la vie et le mystère de la mort, de son rapport avec les autres humains et de l’existence en général. La philosophie du taoïsme n’étant pas une religion s’interdit de tout dogmatisme et par là même devient un outil indispensable au niveau de la tolérance et de l’humilité devant le questionnement de l’homme face à l’univers et au devenir.

La réflexion et la relativisation de toutes choses amène le chercheur sincère à aborder la vie en excluant l’arrogance et la certitude toutes deux responsables de la plupart des conflits, mais au contraire, il sera plus à l’écoute de la nature, de sa propre nature et de celle des autres, afin de pouvoir donner la réponse la mieux adaptée ou la moins mauvaise, face aux problèmes de l’existence.

La puissance de la réflexion philosophique du taoïsme, peut-être mise en pratique dans la vie de tous les jours et bien entendu rentre parfaitement dans le cadre de la pratique de la discipline du taiji quan.
Comprendre que l’inspire et l’expire, que la rapidité et la lenteur, la force et le relâchement, le vide et le plein dans les appuis, le haut qui répond au bas, l’avance et le recul, du centre vers la périphérie et l’inverse, et ainsi de suite… n’est autre que l’application des principes yin et yang.

Face à un partenaire, dans la pratique du tuishou (travail à deux), l’on doit développer une même attention, celle de faire le vide en soit afin d’avoir une meilleure écoute sur les intentions de l’autre. La culture du vide prônée par cette philosophie conduit l’individu à mieux interpréter les sollicitations du monde environnant et de pouvoir donner ainsi la réplique la mieux appropriée. Ainsi un  « tirer », un  « lu », sera la conséquence et la réponse d’une offensive en poussée de la part du partenaire et un « pressé », un « ji », sera la réponse appropriée à un « tiré » un « lu » venant de l’autre personne. Tout ceci répond aux lois du « changement » et de la « complémentarité » de toutes choses que le taoïsme sait si bien nous faire comprendre.

Le taiji quan et la compétition

Dés l’instant ou la priorité de maintenir une pratique n’était plus dirigé pour protéger sa vie ou celle des autres, le taiji quan a inévitablement trouvé dans le domaine sportif et celui de la santé un exutoire. En continuant de s’intéresser un peu plus à la santé et à l’esthétique du geste, les héritiers de cette science du combat ont créés des rencontres pour s’évaluer à mains nues en solo dans les « taolu » (pratique de la forme en solo), mais aussi en créant des joutes à mains nues « tuishou », favorables à des échanges aux risques minimums.

La compétition moderne est donc un autre moyen d’exalter le sentiment de rivalité sans avoir à craindre une menace quelconque pour sa vie et l’intégralité de sa santé dans l’immédiat. A partir de là, en créant des règles strictes et précises on à pu créer une sorte de jeu ou les individus ont pu s’affronter et rivaliser, soit dans une recherche esthétique pure par le biais du travail en solo, soit dans les tournois à deux.

C’est grâce à ce genre de festivité que le village de Chenjiagou à vu renaître un engouement pour une pratique qui n’avait plus intérêt de représenter une menace dans son seul aspect guerrier, ceci par rapport au pouvoir en place sous la révolution culturelle.

A l’heure actuelle, la compétition à ses défenseurs et ses détracteurs. Certains refusent de mettre une recherche d’esthétisme ou de reconnaître celle –ci dans leur pratique en argumentant que l’énergie interne que l’on est censée développer en taiji quan est caché, invisible, ou si peu perceptible et que, par conséquent, cela ne peut-être jugé par un tiers.

D’autres répondent que si le taiji quan a bien été travaillé, il peut être démontré au travers de la forme en solo une émanation, une sorte d’exaltation de cette recherche profonde et que le pratiquant avancé peut faire partager à l’observateur, alors le but peut-être atteint, celui de l’échange entre l’interne et l’externe, le yin et le yang, du pratiquant et de l’observateur.

Pour le résultat et la médaille, tout est alors dans la capacité des jurys à apprécier ce qu’ils peuvent évaluer ou ressentir, forcément il y aura une grande part de suggestion personnelle provenant de chaque jury !

Mais qu’importe, si le candidat compétiteur reste dans l’esprit taoïste, alors il saura relativiser le résultat, victoire ou défaite qu’importe s’il a mis tout son cœur et sa sincérité, il aura exprimé le meilleur, cela devrait être ainsi sans doute, mais restons prudent, il ne suffit pas de faire du taijiquan depuis de nombreuses années pour maîtriser son égo !

L’intérêt de la compétition est de permettre aussi aux candidats de travailler la maîtrise du stress, cela peut-être un challenge. Cependant, au niveau purement martial il est nécessaire d’être capable quel que soit ses performances, de conserver un minimum d’humilité quand à la possibilité d’un conflit réel, celui ou sa vie est en jeu ! Gardons nous du triomphalisme en se cachant derrière les grades ou les médailles, tout ceci reste une affaire de jeu, la vie est un autre combat, il se mène en dedans et en dehors et des deux aspects la félicité est loin d’être atteinte…